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La philosophie dans le boudoir ou les professeurs immoraux est une œuvre du marquis de Sade, publiée en 1795.

Le sous-titre est Dialogues pour l'éducation des jeunes femmes.

Le livre est une série de dialogues sur l'éducation érotique et sexuelle d'une fille de 15 ans.

Un libertin, mmoi de Saint-Ange, veut commencer Eugenia "dans les mystères les plus secrets de Venus & # 39;.

En cela, elle est aidée par son frère (le chevalier de Mirvel), amie de son frère (Dolmancé) et par son jardinier (Augustine).

Un cours en sandwich(changement | changer le code)

Le livre n'est pas simplement une longue description de gestes et d'actions. Il est construit (en particulier le troisième dialogue) sur l'alternance entre la thèse philosophique et l'application concrète des préceptes évoqués. La théorie alterne avec la pratique.

Le titre du livre évoque déjà cette dualité car le boudoir est une petite pièce généralement placée entre la chambre et le salon, c'est-à-dire entre la pièce dédiée à l'amour et la pièce dédiée à la conversation.

La théorie(changement | changer le code)

"La pornographie et la philosophie ne se distinguent pas catégoriquement dans les Lumières. (…) les critiques sociales et politiques (…) passent au dévoilement de ses effets obscurs sur les organismes et leur économie. Parler, écrire, mettre sur scène, le sexe et ses catégories parlent beaucoup plus que du sexe: les perturbations et les réglementations des corps individuels impliquent ou trahissent celles du corps politique et social(1). "

Nous comprenons mieux qu'au-delà de la grossièreté du texte et de son thème libertin, nous trouvons un discours philosophique, presque un appel aux armes, proposant les idées du marquis en relation avec la liberté, la religion, la monarchie et les bonnes manières. Titre " Français, un autre effort si vous voulez être républicain "L’appel public précédant le cinquième dialogue présente les mêmes idées que celles des onze" pamphlets politiques de Sade "publiés entre 1790 et 1799.

Le reflet de Sade correspond parfaitement à celui de son époque. Étend les débats philosophiques sur le concept de Nature et le rôle de la société en relation avec cette Nature, ainsi que sur son influence sur le comportement humain.

"Les romans de Sade ne sont pas comparables aux nombreux textes pornographiques qui prospèrent à l'époque. Ils ne nient pas et ne font pas correspondre les corps, décrivent les couplages et la torture, compliquent les postures et multiplient les acteurs. Attaquent toutes les institutions, font prendre leurs libertins discours théoriques entre deux orgies. (…) Les aberrations sont philosophiquement fondées sur le matérialisme et l'athéisme(2). "

La réflexion libertine exposée par Sade est basée sur l'hypothèse que la nature gouverne l'univers et ses composants. Dieu n'existe que dans l'esprit des hommes. C'est juste une idole parmi d'autres. Ce retour à la nature en tant que principe suprême unique semble provenir de la philosophie ancienne. Cette hypothèse est renforcée par le cinquième livret de dialogue, dans lequel il est particulièrement apprécié pour son athéisme. Le seul culte toléré serait un retour au paganisme romain:

"Parce que nous croyons qu'une adoration est nécessaire, nous imitons celle des Romains.(Réf. Requis) "

La nature étant le seul moteur au monde, tout ce qui suit ses principes en est légitimé. Le sexe, l'égoïsme, la violence sont toutes des manifestations que l'on trouve dans la nature et des manifestations de la nature chez l'homme et peuvent donc être légitimées comme "naturelles", au-delà du bien et du mal. En effet, ces constructions morales (Bien et Mal) sont directement visées par cet argument. N'existant pas dans la nature, ils ne peuvent être considérés comme le fondement de nos actions. La nature doit rester notre seul modèle.

"La nature, nous dictant aussi vices et vertus, à cause de notre organisation, ou même philosophiquement, à cause du besoin qu'elle a pour l'un et l'autre, ce qui nous inspire deviendrait une mesure très incertaine affiner ce qui est bien ou ce qui ne va pas.(Réf. Requis) "

De ce principe, la société perd évidemment tous ses droits. Ses règles et lois viennent ralentir nos pulsions naturelles. Ils vont contre nature et ne sont donc pas tolérables. "C’est une terrible injustice de demander à des hommes de caractère inégal de se soumettre à des lois égales: ce qui est vrai pour l’un ne va pas pour l’autre.(Réf. Requis) "

Il devient intéressant d'opposer la réflexion de Sade à celle de Thomas Hobbes (philosophe anglais). Ceci ici Léviathan (1651), suppose que les hommes à l'état de nature ont les mêmes désirs et que ces désirs se réfèrent aux mêmes objets. Il en déduit donc qu'un état de conflit permanent entre les hommes serait inévitable. Selon lui, la Société permettrait de contenir ce conflit en établissant des règles et des lois communes et en dépassant ainsi l'état de nature. Nous voyons tout ce que Sade doit au reflet de Hobbes. Il prend le postulat de départ mais refuse de le surmonter. Selon lui, l'homme doit rester dans cet état de nature car la nature reste la seule force suprême à l'œuvre dans le monde. Il est inconcevable que Sade établisse ce Léviathan, l'État: "Les lois peuvent être si douces, en si petit nombre, que tous les hommes, quel que soit leur caractère, peuvent le faire.(Réf. Requis) "

La sexualité est l’axe le plus abordé par le texte et est liée au concept de nature. Les pratiques qui ne font pas partie de la norme sociale sont toujours naturelles car elles provoquent un plaisir pour ceux qui les pratiquent. Les hommes doivent pouvoir profiter de toutes les femmes tandis que les femmes doivent accueillir tous les hommes, mais elles sont libérées des liens du mariage. Ces règles sont imposées par le personnage de Dolmancé lors des discussions et du cinquième discours.

la pratique(changement | changer le code)

La discussion ci-dessus est utilisée par les personnages libertins pour légitimer tous leurs désirs et plus particulièrement leurs désirs sexuels. Puisqu'ils sont naturels, pourquoi les déranger? Les longues descriptions de ces singeries, échelonnées selon un processus de gradation, interrompent et mettent en pratique les déclarations philosophiques décrites précédemment. La sodomie est-elle un crime? Non, dit Dolmancé, puisque c'est un désir, c'est naturel. Alors mettons-nous en pratique pour commencer la jeune Eugenia qui sert d'alibi et de terrain privilégié pour cette initiation. C'est, pour simplifier, le mouvement récurrent qui ponctue le travail, et en particulier le troisième dialogue. On notera au passage l'inversion de la sodomie. Condamné pour son caractère non naturel (puisqu'il est inutile pour la reproduction), il devient le symbole même de la nature dans l'argument des libertins et perd donc toute raison de le condamner.

Mais ce qui frappe dans la lecture de ces singeries, c’est leur longueur et l’attention portée aux détails qui guident leurs actions. Certaines étapes deviennent des leçons d'anatomie appliquée. Chaque partie du corps consacrée au plaisir est décrite et détaillée dans sa constitution et ses fonctions.

Un jeu de langue(changement | changer le code)

Une autre particularité de ce travail est le mélange de niveaux linguistiques utilisés. Les personnages de la haute société s'expriment essentiellement dans une langue soutenue, et ce, même au plus fort de leurs ébats. Cependant, la transgression des valeurs morales s'accompagne d'une transgression du langage.

Les termes concrets suivent les concepts abstraits pour décrire les parties du corps et les singeries: "Baiser, sodomie, vivre (pénis)" ils ne sont que des exemples de beaucoup d'autres. Dans ce qui semble être un désir de réalisme, Sade, à l’image d’une Molière, tente de rendre le jardinier sociolecte avec le personnage d’Agostino: "Maman (…), je le vois … tatiguai!"

La relation intime entre le langage et l'exposition philosophique est claire. La logique libérale poussée jusqu'au bout et les transgressions morales qu'elle implique ne peuvent être réalisées que dans le contexte d'un langage qui subit également une telle transgression.

"Un de mes plus grands plaisirs est de jurer devant Dieu quand je me déshabille. Il me semble que mon esprit, alors mille fois plus exalté, déteste et méprise beaucoup mieux cette chimère dégueulasse.(3)… "

Avec cette transgression, Sade tente d’attaquer le lecteur, de le brutaliser pendant que ses personnages brutalisent leurs victimes. Mais en continuant à lire, le lecteur devient le complice des fautes de l'auteur tandis que la jeune Eugénie finit par devenir le complice de Mmoi de Saint-Ange et Dolmancé.

Un livre de théâtre(changement | changer le code)

L'une des principales caractéristiques de ce livre est sa proximité avec le genre théâtral. Sade est un fan de théâtre fou, "Le fait d'écrire des pièces de théâtre lui est intimement lié dans une série de comportements que chacun ramène sur scène comme un point de rencontre entre le réel et l'imaginaire, le caractère unique et le nombre, le spectaculaire et le fantastique. le secret(4). " Il n’est donc pas surprenant que la forme théâtrale se manifeste dans ses écrits considérés comme romantiques.

Il faut d’abord noter que la forme théâtrale est présentée dans La philosophie dans le boudoir, sous forme de dialogues entre les différents personnages. Cela dit, le dialogue est une forme très commune dans XVIIIet siècle et très largement codifié. Mais les nombreuses indications sur les mouvements se souviennent légendes, la division du texte en différents dialogues peut évoquer les actes d'un travail théâtral et, par ailleurs, la progression de l'histoire au sein de ces dialogues renforce cette impression. Les deux premiers correspondent à une exposition (les personnages, leurs relations, leurs intentions); les troisième et quatrième constituent le cœur de l'action tandis que le septième porte le dénouement. La cinquième brise le rythme du reste du texte pour sa structure de test (ce discours est également introduit par metalepse pendant que le personnage du Chevalier lit l'essai pour les autres personnages).

Les trois unités sont également respectées car l'action se déroule dans un lieu (le boudoir), au cours d'une après-midi et qui est unique (l'initiation d'Eugenia).

Notez également que l'écriture du marquis de Sade évoque essentiellement les sens de l'ouïe (par le dialogue) et de la vue. En effet, les gestes et les mouvements des personnages occupent une place primordiale lors de la mise en œuvre des préceptes libertins. Encore une fois, cette spatialisation des corps semble confirmer la théâtralité de cette histoire.

La condition de la femme(changement | changer le code)

Une des particularités philosophiques de La philosophie dans le boudoirest que la femme est présentée comme égale à l'homme en ce qui concerne la jouissance, la liberté d'action et le pouvoir qu'il a sur son corps. Il y a des descriptions physiologiques pour le clitoris(5), la matrice(6) et lubrification vaginale (télécharger ici(6) ainsi que l'éjaculation chez l'homme). La contraception et l’avortement sont également considérés comme des moyens nécessaires pour atteindre le libertinage car "La propagation n’est pas du tout l’objet de la nature; c’est seulement une tolérance; et quand on ne l’en profite pas, ses intentions se réalisent beaucoup mieux(7). " . Le conseil de Mme de St-Ange va jusqu'à admettre l'infanticide pour libérer les femmes du joug de la maternité:

"N'ayez pas peur de l'infanticide; ce crime est imaginaire; nous avons toujours le contrôle de ce que nous portons dans nos seins (…) Si c'était dans le monde, nous serions toujours les maîtres de le détruire(7). "

Pour les libertins, la virginité féminine n’a aucune valeur morale, c’est plutôt de se débarrasser de la douleur de la défloration le plus rapidement possible pour accéder au plaisir. La respectabilité de la femme libertine ne concerne pas la pureté et la loyauté, mais sa liberté d'action, son expérience sexuelle et sa ruse. Il utilisera ces compétences pour obtenir ce qu'il veut. La recherche de la femme libertine est purement utilitaire et ne devrait en aucun cas être grevée de considérations sentimentales (amour, amitié, famille).

Problèmes soulevés par le travail(changement | changer le code)

La logique libertine est ici tellement poussée à l'extrême que l'on peut même s'interroger sur le degré de sincérité de Sade. Essayez-vous sincèrement de promouvoir ce naturalisme libertin? La brochure a vraiment pour but d'influencer "Le nouveau code que nous préparons nous-mêmes" ? Ou cherche-t-il à développer une réflexion qui le favoriserait? La question mérite d'être posée, même s'il semble difficile de donner une réponse claire.

Enfin, notons les limites de cette réflexion: en faisant de la Nature le moteur et la cause première de toutes les inclinations de l’homme, Sade en vient à nier le libre arbitre et nie ainsi la liberté qu’il prétend soutenir. On peut toutefois en déduire que la nature n'est qu'un alibi pour cette soif insatiable de liberté, légitimant ainsi la pensée politique de l'auteur, proche de l'anarchie.

  1. Anne F. Garréta, « Le désir libertin, plus léger que les lumières " Le magazine littéraire Hors-series, vol. 25 , p. 56-57.
  2. Michel Delon " Histoire de Juliette ou la prospérité du vice, le marquis de Sade " Le point de la série Hors, vol. 21 , p. 42-43
  3. Sade. La philosophie dans le boudoir, Barcelone, Editions Gallimard, (1976) 2012, p.112-113
  4. Annie Lebrun " Un théâtre érigé sur notre abîme " Le magazine littéraire Hors-series, vol. 15 , p. 42-43
  5. Sade. La philosophie dans le boudoir, Barcelone, Editions Gallimard, (1976) 2012 p. 61
  6. a et b Sade. La philosophie dans le boudoir, Barcelone, Editions Gallimard, (1976) 2012 p. 63
  7. a et b Sade. La philosophie dans le boudoir, Barcelone, Editions Gallimard, (1976) 2012 p. 122.

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bibliographie(changement | changer le code)

  • Henri d'Alméras, Le marquis de Sade, l'homme et l'écrivain, Paris, Albin Michel, 1906
  • Roland Barthes, Sade, Fourier, Loyola, Paris, Seuil, 1970
  • Georges Bataille, Larmes d'eros, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1961; Littérature et le mal, Paris, Gallimard, 1957
  • Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade, Paris, édition de minuit, 1963
  • Jacques Lacan, "Kant à Sade", écrit, Paris, Seuil, 1966
  • Annie Le Brun, Soudain un bloc d'abîme, Sade, Paris, Gallimard, 1986 (ISBN 978-2-07-032776-8)
  • Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, Paris, Robert Laffont, 1986-1990

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