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Il aurait pu être décrit comme un rebelle, tellement offensant dans sa critique du discours libéral dominant, tirant avec toutes les armes scientifiques et rhétoriques offertes au chercheur-révélateur honnête. Mais Philippe Boursier et Willy Pelletier ont préféré le mot "Unruly" baptiser leur manuel de sciences sociales publié jeudi dans La Découverte. un viatique « Résistant » préciser qu'ils ne sont rattachés à aucune chapelle politique, tout comme la Fondation Copernica à laquelle ils appartiennent et qu'ils souhaitent "Retour à la place ce que le libéralisme renverse". Les deux directeurs du livre, respectivement professeur de SSE au lycée et sociologue à l'Université de Picardie, ont interrogé de jeunes chercheurs et universitaires confirmés, lus et soutenus par une armée de syndicalistes et d'enseignants. "Longue vie au marché?", S'interroge David Cayla, économiste, tandis que la sociologue Yasmine Siblot demande ironiquement s'il y aurait "trop ​​de services publics?" Eric Fassin et Mara Viveros Vigoya définissent la notion d'intersectionnalité, la sociologue Vulca Fidolini celle d'hétéronormativité … Le portrait de famille ne serait pas complet sans l'inévitable Pinçon-Charlot attaquant l'oligarchie.

Le résultat est un pavé de 700 pages qui peut être lu seul, en petits morceaux qui alternent opinions sur des questions théoriques importantes (le marché, la monnaie, le populisme …) et se concentrent sur des sujets d'actualité (le voile, le vestes jaunes, travail de l’autre côté de la rue). Comment "Lagarde et Michard nouvelles générations critiques", dites aux deux auteurs de Libération, en souhaitant qu'il ait la même influence que le célèbre anthologie de la littérature … sauf qu'ils ne le voient pas comme une somme faisant autorité, mais plutôt comme un corpus d'idées à débattre pour mieux interroger l'état de la technique . la façon dont la société crée une nation qui, disent-ils, domine désormais les esprits.

"Répartition différenciée des graisses"

"Nous voulons lancer les sciences sociales dans la ville, à la suite de ce que les vestes jaunes ont fait. Ils se sont rendus au rond-point pour recueillir des connaissances économiques ou sociologiques sur les polluants, les inégalités et les raisons pour lesquelles les citoyens sont privés de leurs pouvoirs", explique Willy Pelletier. Le mécontentement qui a initié le giratoire a irrigué ce livre écrit en quatre mois, entre le printemps et le début de l'été. L'occasion pour les participantes de faire un rapport sur le mouvement social au cours des derniers mois, en mettant l'accent sur la place occupée par les femmes et en montrant comment participer à une mobilisation "Souvent, images de confort et estime de soi".

Plus généralement, le livre explore les inégalités de toutes sortes. Souvent originaux, les corners veulent répondre aux questions que tout le monde se pose tous les jours. Dans le chapitre "Moche ou beau?", La sociologue Christine Détrez insiste sur la variabilité des canons esthétiques en fonction des lieux et des époques et note l'existence sous nos latitudes d'un "Répartition différenciée des graisses" sur la base de la classe sociale et du sexe: globalement plus fort dans la classe ouvrière qu'ailleurs, le surpoids pénalise surtout les femmes moins fortunées où il constitue un obstacle à leur vie sociale et professionnelle. Au contraire, certaines courbes entre hommes riches ne feraient pas mal et coïncideraient même avec des revenus légèrement supérieurs. Nous notons également les résumés clairs qui expliquent la notion de genre, ils soulignent que la masculinité ne signifie pas la virilité, ils montrent comment nous en venons à considérer que le travail de soin est "une ruse des filles" ou démantèle le principe sacro-saint du Mérite républicain: "A l'école, tu travailles, tu peux."

"Ce n'est pas une accusation"

Tout est rempli d'exemples qui en disent long sur les préjugés du livre: lorsqu'il s'agit de critiquer la figure du chef, Nicolas Sarkozy est pris pour exemple, ce qu'un Jean-Luc Mélenchon aurait aussi bien fait. Plus tard, un passage insiste sur la diversité des groupes qui composent la bourgeoisie avant de multiplier les exemples concernant uniquement sa frange la plus scintillante, basée sur les mariages grandiloquents et les compétitions en piscine. Une façon de jouer sur un pied d'égalité avec des gens sans mots ou des gens qui ne sont rien? "Dans un langage accessible à tous, nous distribuons des outils pour comprendre les relations de pouvoir qui structurent nos vies. Face au libéral prêt à penser, nous restaurons le pluralisme dans les explications du monde", Philippe Boursier répond. Willy Pelletier complète: "Ce n'est pas une accusation. La concurrence est très forte au sein de la bourgeoisie, les dirigeants sont dominés par leur domination, qui leur interdit de s'éloigner de ce qu'ils font." Il convient de rappeler que les classes sociales ne sont pas (encore) mortes.

Mais avant les "vestes", ce sont surtout les programmes scolaires comme Jean-Michel Blanquer qui ont lancé le projet livre. "Ils censurent les sciences sociales en supprimant la question décisive des relations de pouvoir entre groupes sociaux", déclare Philippe Boursier, pour qui ces disciplines se limitent à la description de l'économie et de la société, loin de leur fonction essentielle.

Il parle également de l'introduction du livre « La censure » un "Cécité touchée" qui célèbre le "Bon sens libéral" sans le soumettre à un examen critique. A leurs yeux, cette orientation est évidente dans l'éducation économique dans les lycées et l'enseignement supérieur. "Nous voulons nous faire croire qu'il n'y a qu'une seule économie possible, comme si historiquement toutes les économies avaient pour but le profit, la marchandisation, l'apothéose du coffre-fort. C'est un aveuglement qui impose cette célébration de l'entreprise, de l'employeur de travail, du marché que les leaders de la corde ", dit Willy Pelletier. Le nouveau programme Premier, qui se concentre principalement sur le fonctionnement de marchés concurrentiels, ne donne pas d'erreur.

"Nous avons écouté BFM!"

la Manuel indocile contrepoint proposant une autre lecture: contrairement à l’idée que ce serait un "Institution neutre", le marché est décrit comme un mécanisme arbitraire qui gèle les hiérarchies économiques, "Ainsi justifie un joueur payé 125 fois plus qu'un soignant". Sans compter que son bon fonctionnement dépend de facteurs qui concernent particulièrement les services publics, tels que la sécurité des biens et des personnes ou la protection sociale. Les auteurs regrettent que ce point de vue ne fasse plus l'objet de débats en classe. "Le chômage est maintenant trop absent des programmes, Ajoute Pelletier. Dans les années 70 et 80, c'était une partie importante de celle-ci. Mais il était moins présent et plus protégé qu'aujourd'hui. " On pourrait soutenir que toutes ces critiques ne sont pas absentes de l'enseignement du lycée, où l'on entend également parler des externalités négatives des marchés (telles que la pollution), des problèmes posés par la recherche du coût le plus bas possible pour la fabrication des produits. consommation globalisée, ou poids du déterminisme social sur les trajectoires individuelles. Mais le programme ne leur donne qu'un rôle secondaire dans lequel le Manuel indocile les met en pleine lumière. Cet antimanuel des sciences sociales a donc pour but de s'opposer à la "Doxa" terme qui vient souvent dans la bouche des deux auteurs. Lorsqu'on leur a demandé comment ils avaient défini leurs contours pour mieux répondre à leurs arguments, Willy Pelletier a répondu par une visite: "Nous avons écouté BFM!" S'il ne s'agit pas de dénoncer une propagande néolibérale guidée, les directeurs de l'œuvre insistent sur la conformité des médias qui conduirait à perpétuer des croyances tenaces. C'est le cas du "trou Secu" (lire page 23). Mais, outre les médias, les auteurs soulignent la responsabilité de l'université, dont les mécanismes de sélection favorisent l'homogénéité de la pensée. "Les thèses en économie sont principalement néoclassiques, c'est-à-dire libérales. Même chose en science politique: le financement va à l'ingénierie sociale, pas à la sociologie politique, Pelletier conclut.

Pelé, critiqué, terminé

La position prise par Manuel est doublement dangereuse: opposer un discours à celui d'une pensée établie, c'est attirer la colère de ceux qui le représentent, mais aussi de ceux qui sont libertaires ou anarchistes, qui ne se retrouveront pas complètement dans la nouvelle perspective. proposition, faute de références suffisantes aux débats anthropocènes, sur la promotion ou sur le déclin. Les auteurs supposent: pour eux, ce livre doit être "Handled" (C'est la définition d'un manuel), puis pelé, critiqué, complété au sein d'une famille, d'un syndicat ou d'une assemblée. Rêvant déjà d'un volume 2, ils s'apprêtent à animer des "Ateliers peu communs" en octobre, durant lesquels ils sont échangés à égalité avec les lecteurs, approfondissent et modifient leurs observations et réactivent en France le mystère qui dévoile le mythe. de l’universitaire engagé.

Photo Kniel Synnatzschke. plainpicture

Six concepts discutés et déconstruits par le "Manuel indocile"

L & # 39; incultes

En décembre 2017, Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday sont décédés presque à la suite. Tout le monde avait ses fans: l'écrivain de Figaro était un cher homme de lettres, l'autre la jeune idole … "Ou plutôt, l'idole des beaufs?" Annabelle Allouch, sociologue, pose de manière provocante en soulignant combien la culture est un marqueur social. Pierre Bourdieu a déjà expliqué, dans distinction (1979), qui ont un goût différent en fonction de l'origine culturelle et sociale de chacun et par conséquent, les hiérarchies culturelles sont des hiérarchies sociales. "En parlant de nos goûts littéraires, musicaux et artistiques, nous en disons beaucoup sur nous-mêmes, notre mode de vie et les gens à qui nous allons", Analyse Allouch. En général, seuls les plus riches, qui jouissent d’un capital culturel plus élevé, ont probablement une consommation. "Omnivore" et écoute Patrick Sébastien après Verdi. Ainsi ce n'est pas un éduqué qui n'a pas accès à la culture de l'élite, la seule considérée comme légitime, même s'il aurait connu tous les livres de Guillaume Musso et les chansons de Michel Sardou sur le bout des doigts.

Les chefs

Le gérant d'un magasin crie à "son" caissier: il ne choque personne. Parce qu'il est son patron et que tout le monde en a un. "Les dirigeants sont partout et tellement célébrés qu'il est difficile d'imaginer un monde sans eux" note Philippe Boursier, Willy Pelletier et le chercheur Christophe Voilliot, avant de fournir quelques contre-exemples de sociétés humaines sans tête, avec "Les leaders qui ne commandent pas" ou des formes "Anarchie ordonnée". Si le responsable d’une entreprise du CAC 40 n’est pas dans le même sac que celui d’une PME rurale, les trois chercheurs affirment que dans tous les cas, les relations de pouvoir, même lorsque celles-ci ne concernent que deux personnes, entrent toujours dans une dimension collective: le pouvoir est "Une relation déséquilibrée, un rapport de force inégal, enchâssé dans de nombreuses autres relations de pouvoir inégales qui le permettent". En bref, on ne naît pas de leader, on devient: en politique, en particulier, la figure d’un leader charismatique se construit avec des supports qui déstabilisent l’adversaire, sondent l’opinion, financent une campagne … Tout ce qui reste est d'avoir un air frais et impeccablement vêtu sur la scène de la réunion. Si ça marche, il va se battre pour garder sa place, mobilisant un registre de violence – souvent symbolique – "Quel effort pour internaliser des lieux sociaux établis".

Racisme environnemental

Sur le plan écologique, les pays occidentaux aiment pointer du doigt la Chine et les nuages ​​sombres qui dominent ses villes. Mais cette pollution est aussi la leur: les pays du Nord installent leurs usines et exploitent les minerais des pays du Sud, où la main-d'œuvre est moins chère et les lois environnementales moins rigides. Les "laboratoires du monde" sont également des déchets, notamment parce qu'ils reçoivent également des tonnes de déchets toxiques en fin de vie. En conséquence, les 50% les plus pauvres de la planète ne produisent qu'un huitième des émissions mondiales, tandis que les 10% les plus riches en produisent la moitié. Ce déséquilibre s'accompagne d'une plus grande vulnérabilité à la pollution ou aux catastrophes naturelles de certaines populations "En raison de la couleur de leur peau, de leur classe ou de leur nationalité", quel est le concept de "Racisme environnemental". De plus, les mesures pour s’y adapter sont à leur tour discriminantes: en France, la taxe carbone "Cela pèse cinq fois plus sur le budget de 10% des familles les plus pauvres que sur celui des 10% les plus riches".

Le trou de sécurité

Nous faisons face à de nombreux sacrifices: des cotisations plus élevées, des prestations moins élevées, un âge de départ à la retraite plus bas et moins de soignants. Une dette sociale difficile? "Fausses nouvelles", répond Jacques Rigaudiat, conseiller principal honoraire de la Cour des comptes. L'excédent de la SECU a atteint 10,8 milliards d'euros en 2018, montant qui servira à combler d'autres "trous": la loi sur la programmation des finances publiques pour la période 2018-2022 prévoit de transférer cet excédent. "Réduire le déficit de l'Etat". Au lieu d’être utilisé pour améliorer les prestations et les équipements, l’excédent devrait représenter environ 0,8% du PIB annuel (ou près de 20 milliards d’euros) entre 2019 et 2022. Il sera notamment mobilisé pour: "Financer le passage du crédit d'impôt à la compétitivité et à l'emploi (CICE)". Les cotisations de sécurité sociale serviront donc à réduire les cotisations sociales des employeurs: en bref, "Ce sont nos contributions qui vont payer pour leurs réductions".

gaytrification

La ville bouillonnante, lieu idéal pour l'émancipation sexuelle? Pour les générations d'homosexuels et de lesbiennes, les métropoles ont créé un paradis "Anonymat et affaiblissement du contrôle social, densité de population et possibilité de réunion", observe le sociologue Colin Giraud. Ce qui échappe aux zones moins densément peuplées où nous nous connaissons et nous nous regardons. Les communautés LGBT se cristallisent dans certaines zones urbaines, telles que le West Village à New York, Castro à San Francisco ou le Marais à Paris. Installés dans de vieux quartiers en ruines, ces populations contribuent à leur "gaytrification" – y compris la gentrification par des homosexuels, souvent blancs et nantis. Activités communautaires, défilés de mode et lieux de fête créent un formulaire "Homonormativité de."

Mais cette histoire glorieuse laisse dans l'ombre toute une frange de la population homosexuelle: les invisibles qui, dans les villes comme à la campagne, refusent de répondre aux enquêtes sociologiques lorsque les classes moyennes et supérieures les plus qualifiées prennent leur parti. plus facilement l'orientation sexuelle. Pour remédier à la situation, la recherche examine actuellement les homosexuels et les lesbiennes qui se sentent bien à la campagne, qu'ils viennent de la région, qu'ils soient abandonnés ou même qu'ils aient fui la ville.

Les hooligans

Ils viennent casser le policier, démolir les fenêtres, régner la terreur autour des manifestants pacifiques. Peut-on excuser et / ou comprendre les commutateurs? Oui, répondent Philippe Boursier et le sociologue Christian de Montlibert, qui voient dans cette figure de manifestant destructeur une construction médiatique scandaleuse. A leurs yeux, la grande visibilité de ces excès a pour effet de masquer une "Violence d'Etat" qui enregistrent la dernière manifestation de magnitude avec les vestes jaunes. "Il s'agit de dépolitiser la perception des militants de la contestation en les transformant en criminels", écrire. Ou, contrairement à ceux-ci, les "commutateurs" sont "Les manifestants protestent contre une décision les concernant". Ils donnent une action politique à leur action, attaquant les symboles du capitalisme, tels que les banques. Avec eux, la "violence" serait moins de "jouissance" que de "silence": "Souvent exaspérés de ne pas être entendus, ils agissent avec la volonté d'intimider leurs adversaires pour trouver un résultat favorable au conflit qui les mobilise".

Thibaut Sardier


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Nicolas Celnik

Fondation Copernica Manuel de sciences sociales Indocile La découverte, 700 pages, 25 €.

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